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Combien faut-il pour quitter son CDI ? Le calcul mois par mois

La question paraît simple. Elle ne l'est pas. "Combien faut-il pour quitter son CDI" dépend d'une dizaine de variables que la plupart des gens n'ont jamais calculées ensemble : le coût réel de votre CDI (pas seulement le salaire), votre situation familiale, vos engagements financiers fixes, la nature de votre projet, et votre accès ou non à l'allocation chômage.

Cet article fait le calcul mois par mois. On prend un cas concret — un cadre à 3 500 € net, deux enfants, un crédit immobilier à 1 200 €/mois — et on suit ce qui se passe vraiment sur 12, 24 et 36 mois de transition. Puis on regarde dans quel ordre mobiliser son épargne, et pourquoi "j'attends d'avoir assez" est souvent la mauvaise stratégie.

📅 Mis à jour le 13 mai 2026 — PFU porté à 31,4 %. Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus du capital est de 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % prélèvements sociaux). Tous les calculs de fiscalité sur les plus-values dans cet article utilisent ce taux.

1. Le vrai coût de quitter son CDI — pas juste le salaire

Votre bulletin de salaire ne vous dit pas tout. Un CDI fournit des avantages invisibles qui disparaissent le jour où vous partez — et dont le coût se retrouve dans votre budget de transition.

La mutuelle employeur

Votre employeur finance au minimum 50 % de votre mutuelle collective. En quittant, vous avez droit à la portabilité de la mutuelle pendant 12 mois maximum (sous conditions) — mais à terme, une mutuelle individuelle de niveau comparable coûte entre 150 et 280 € par mois pour un adulte seul. Avec deux enfants, comptez 350 à 550 € selon les garanties choisies.

La prévoyance

Les cadres bénéficient d'une prévoyance collective (maintien de salaire en cas d'arrêt maladie, garantie décès-invalidité) financée en partie par l'employeur. En quittant le CDI, cette couverture s'arrête. Un indépendant ou un demandeur d'emploi qui tombe malade n'a plus de maintien de salaire au-delà des indemnités journalières de base de la Sécurité sociale — soit environ 50 % du salaire brut plafonné à 1,8 SMIC/jour, loin d'un maintien à 100 %.

Les cotisations retraite

Chaque mois de CDI, votre employeur cotise pour votre retraite à hauteur de son côté. En transition, ces cotisations s'arrêtent (sauf si vous percevez l'ARE, qui valide des trimestres). Une année de transition sans revenus ni ARE peut représenter 4 trimestres manquants et une réduction de pension non négligeable sur le long terme.

Les allocations chômage — ou pas

C'est la variable la plus déterminante. Si vous partez en rupture conventionnelle, vous accédez à l'ARE après un délai de carence d'environ 75 jours (calculé sur vos indemnités). Si vous démissionnez sans motif légitime, vous n'y avez droit que dans deux cas : après 5 ans de travail continu via le "droit à la démission" (projet de reconversion validé par le CEP), ou si vous remplissez un motif de démission légitime (suivi du conjoint, non-paiement de salaire, etc.).

Ce que vous perdez en quittant un CDI de cadre à 3 500 € net
Mutuelle employeur (part patronale)~100 – 180 €/mois
Prévoyance collective (part patronale)~50 – 120 €/mois
Titres-restaurant (si applicable)~80 – 150 €/mois
Validation trimestres retraite4 trimestres/an
Coût réel de remplacement à anticiper~300 – 500 €/mois

Ces 300 à 500 € mensuels d'avantages perdus ne figurent nulle part dans votre bulletin de paie, mais ils s'ajoutent immédiatement à votre budget de transition dès le premier mois.

2. La règle du matelas de sécurité : combien de mois ?

Il n'existe pas de règle universelle. Le bon nombre de mois dépend de trois facteurs.

Votre situation familiale et vos engagements fixes

Un célibataire sans enfants ni crédit, qui loue son appartement, peut absorber une transition de 6 mois avec 15 000 à 20 000 € d'épargne. Un cadre avec deux enfants et un crédit immobilier de 1 200 €/mois ne peut pas descendre en dessous de 12 mois de charges fixes minimum — ce qui représente 30 000 à 55 000 € selon le reste du budget.

La durée réaliste de votre transition

Les reconversions réussies prennent en moyenne 12 à 24 mois entre la décision et le premier revenu stable dans le nouveau domaine. Les freelances mettent en moyenne 6 à 9 mois pour atteindre un chiffre d'affaires régulier. Les porteurs d'un projet de création d'entreprise comptent souvent 18 à 24 mois. Réfléchissez à votre projet spécifique, pas à une moyenne.

Votre accès à l'ARE

L'ARE change tout. Un cadre à 3 500 € net qui part en rupture conventionnelle percevra environ 2 200 à 2 400 € par mois d'ARE (selon l'ancienneté et le calcul du salaire journalier de référence), pendant 12 à 24 mois. Ce filet réduit significativement le capital à mobiliser — mais il faut quand même financer les 75 premiers jours de carence et prévoir un surplus si les revenus tardent à revenir.

Capital de sécurité minimal à constituer
(Charges fixes mensuelles × durée de transition estimée)
− ARE totale attendue
+ Tampon de sécurité (3 mois de charges)
+ Coûts de démarrage du projet

3. Le cas concret : cadre à 3 500 € net, 2 enfants, crédit 1 200 €

Prenons Laurent, 38 ans. Chef de projet dans un groupe industriel. Salaire net : 3 500 €/mois, ancienneté 9 ans. Deux enfants (6 et 9 ans), crédit immobilier de 1 200 €/mois, loyer nul (propriétaire). Il envisage de se lancer comme consultant indépendant dans son secteur. Son mode de départ : rupture conventionnelle.

Son budget mensuel réel pendant la transition

Budget mensuel de Laurent pendant sa transition
Crédit immobilier1 200 €
Alimentation (famille de 4)700 €
Assurances (habitation, auto, santé)220 €
Mutuelle individuelle famille (remplace mutuelle employeur)390 €
Transport180 €
Activités et scolarité enfants250 €
Abonnements et charges courantes120 €
Imprévus et divers200 €
Total charges fixes mensuelles3 260 €

Son ARE estimée après rupture conventionnelle : environ 2 250 €/mois (calcul sur salaire brut ~4 700 €, SJR × 0,57 + partie fixe, plafonné). Disponible à partir du mois 3 (après carence de 75 jours environ).

Déficit mensuel pendant la transition = 3 260 € de charges − 2 250 € d'ARE = 1 010 €/mois à financer sur l'épargne à partir du mois 3. Les deux premiers mois (carence) : déficit de 3 260 €/mois.

Le tableau mois par mois sur 36 mois

Laurent part avec 42 000 € d'épargne liquide (Livret A + assurance-vie). Il cible un chiffre d'affaires régulier à partir du mois 12 (optimiste) ou du mois 18 (réaliste). On modélise les deux scénarios.

Mois ARE perçue CA / Revenus Charges Flux net Épargne restante
M0 (départ) 0 € Indemnité RC : 11 900 € 3 260 € +8 640 € 50 640 €
M1 (carence) 0 € 0 € 3 260 € −3 260 € 47 380 €
M2 (carence) 0 € 0 € 3 260 € −3 260 € 44 120 €
⚡ M3 — l'ARE démarre. Déficit mensuel tombe à 1 010 €/mois
M3 2 250 € 0 € 3 260 € −1 010 € 43 110 €
M6 2 250 € 500 € 3 260 € −510 € 40 580 €
M9 2 250 € 1 500 € 3 260 € +490 € 39 100 €
🎯 Scénario optimiste : M12 — CA régulier atteint (3 500 € HT/mois)
M12 (opt.) 2 250 € 3 500 € HT → ~1 925 € nets après charges TNS 45 % 3 260 € +915 € ~39 500 €
⚠️ Scénario réaliste : M18 — CA régulier atteint (l'ARE expire à M24)
M15 (réal.) 2 250 € 1 200 € 3 260 € +190 € ~33 500 €
M18 (réal.) 2 250 € 3 000 € HT → ~1 650 € nets 3 260 € +640 € ~32 000 €
M24 — fin ARE 0 € 4 500 € HT → ~2 475 € nets 3 260 € −785 € ~28 500 €
M30 0 € 6 000 € HT → ~3 300 € nets 3 260 € +40 € ~27 000 €
M36 0 € 7 500 € HT → ~4 125 € nets 3 260 € +865 € ~32 000 €

Hypothèses : rupture conventionnelle avec 9 ans d'ancienneté (indemnité RC = 9 × 3 500 × 1/4 ≈ 7 875 €, arrondi avec soldes). ARE basée sur SJR ≈ 157 €, allocation ~97 €/j. Charges TNS au taux de 45 % du CA HT (micro-entrepreneur simplifié). Épargne départ 42 000 € + indemnité RC nette ≈ 50 000 €.

Le constat : Laurent ne touche jamais le fond dans les deux scénarios — mais dans le scénario réaliste, il descend à ~27 000 € au mois 30. Si son CA tardait encore 6 mois (M36 pour atteindre l'équilibre), il tomberait sous 15 000 € avec encore 6 mois de charges incompressibles devant lui. C'est le seuil de danger réel pour une famille avec crédit immobilier.

Avec 30 000 € d'épargne au lieu de 42 000 €, le scénario réaliste devient critique au mois 24 : l'épargne tombe sous 10 000 € au moment où l'ARE s'arrête. C'est le moment le plus fragile — pas le jour du départ.

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4. Dans quel ordre décaisser ses enveloppes d'épargne

Vous avez constitué de l'épargne sur plusieurs enveloppes. L'ordre dans lequel vous les mobilisez pendant votre transition a un impact direct sur la fiscalité — et donc sur le montant réellement disponible.

Étape 1 — Livret A et livrets réglementés en premier

Le Livret A est le compte de liquidité parfait pour une transition : disponible immédiatement, zéro fiscalité, zéro frais. C'est votre première ligne de défense. Utilisez-le pour financer les 3 à 6 premiers mois — les mois où l'ARE n'est pas encore versée et où les premiers revenus professionnels n'ont pas commencé.

Étape 2 — Assurance-vie de plus de 8 ans

Si votre contrat d'assurance-vie a plus de 8 ans, vous bénéficiez d'un abattement annuel de 4 600 € de gains nets d'impôt (9 200 € en couple). Au-delà, le taux réduit est de 24,7 % (7,5 % IR + 17,2 % PS). C'est bien moins que le PFU de 31,4 % applicable au CTO. Préférez donc l'assurance-vie au CTO pour financer votre transition.

Attention : retirez uniquement le capital dont vous avez besoin. Si vous retirez trop vite, vous perdez l'ancienneté du contrat et les avantages successoraux associés.

Étape 3 — PEA après 5 ans

Passé 5 ans d'ancienneté, les retraits du PEA ne supportent que les prélèvements sociaux à 18,6 % — sans IR. C'est l'enveloppe la moins taxée pour des plus-values. Mais attention : tout retrait avant 5 ans ferme définitivement le PEA. Et un retrait après 5 ans ne le ferme pas, mais bloque les nouveaux versements.

Le PEA est idéal pour les retraits importants ponctuels (financer une formation longue, un investissement de démarrage) plutôt que pour les dépenses courantes. Utilisez-le après avoir épuisé le Livret A et après avoir consommé l'abattement annuel de l'assurance-vie.

Étape 4 — CTO en dernier recours

Le compte-titres ordinaire supporte le PFU à 31,4 % sur les plus-values. C'est l'enveloppe la plus taxée — mobilisez-la en dernier. Une exception : si vos plus-values sont faibles (vous avez acheté récemment et les marchés ont peu progressé), l'impact fiscal est limité.

Et le PER ?

Le Plan d'Épargne Retraite est bloqué jusqu'à la retraite, sauf motifs de déblocage anticipé légaux : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, fin des droits au chômage, surendettement. La transition professionnelle seule n'est pas un motif légal. Ne comptez pas sur le PER pour financer votre reconversion.

Enveloppe Fiscalité sur les gains Disponibilité Ordre de mobilisation
Livret A / LDDS 0 % Immédiate 1er
AV > 8 ans (dans abattement) 0 % Sous 1 à 2 semaines 2e
PEA > 5 ans 18,6 % (PS seuls) Sous 1 à 2 semaines 3e
AV > 8 ans (hors abattement) 24,7 % Sous 1 à 2 semaines 4e
CTO 31,4 % PFU Immédiate (T+2) 5e
PER (hors motifs légaux) Inaccessible Bloqué Ne pas toucher

5. Le piège du "j'attends d'avoir assez" — pourquoi simuler est plus fiable que deviner

La conversation la plus fréquente chez les cadres qui envisagent une reconversion ressemble à : "Je veux partir, mais je n'ai pas encore assez. Je vais attendre encore un ou deux ans." Ce n'est pas forcément faux — mais c'est rarement une décision calculée. C'est souvent une décision ressentie, fondée sur une sensation d'insécurité plutôt que sur un chiffre précis.

Le problème de "je n'ai pas encore assez"

Si vous ne savez pas combien vous avez besoin exactement, vous ne saurez jamais si vous avez "assez". L'ambiguïté de l'objectif entretient l'anxiété et retarde indéfiniment la décision. Les deux années d'attente supplémentaires peuvent être justifiées — ou représenter deux années perdues si vous atteigniez déjà votre seuil sans le savoir.

Le problème symétrique : partir trop tôt

L'inverse est tout aussi fréquent : partir avec "à peu près" l'épargne nécessaire, sans avoir modélisé les mois critiques. Le moment le plus difficile n'est pas le mois 1 (où l'enthousiasme compense tout) — c'est le mois 18 ou 24, quand l'ARE expire, que les revenus professionnels sont encore irréguliers, et que l'épargne fond plus vite que prévu.

La bonne approche : calculer, simuler, décider

Identifiez trois chiffres :

  1. Vos charges fixes mensuelles réelles (pas estimées — exportez vos relevés bancaires).
  2. Votre durée de transition réaliste (pas optimiste — qu'est-ce qui se passe si ça prend 6 mois de plus que prévu ?).
  3. Votre capital cible = (charges × durée) − ARE attendue + tampon de 3 mois + coûts de démarrage.

Avec votre capital cible calculé, la date à laquelle vous l'atteindrez avec votre épargne actuelle et votre capacité d'épargne mensuelle devient un calcul — pas une intuition. C'est cette date qui répond à la question "est-ce que je dois encore attendre ?"

Ce que révèle souvent la simulation : beaucoup de cadres qui "attendent encore un an ou deux" sont en réalité à 8 ou 10 mois de leur capital cible. D'autres qui pensent être proches du seuil ont en fait un déficit de 30 000 € parce qu'ils ont sous-estimé la mutuelle famille et la durée sans revenus. Le calcul tranche là où l'intuition hésite.

6. Combien faut-il vraiment ? Les chiffres par profil

Pour ne pas rester dans l'abstraction, voici les fourchettes observées selon les profils les plus courants.

Profil Charges mensuelles Durée transition Capital cible (avec ARE) Capital cible (sans ARE)
Célibataire, locataire, 2 500 € net 1 600 € 12 mois 8 000 – 12 000 € 22 000 – 28 000 €
Couple sans enfants, propriétaires, 3 200 € net 2 200 € 18 mois 14 000 – 20 000 € 38 000 – 48 000 €
Cadre, 2 enfants, crédit 1 200 €, 3 500 € net 3 260 € 24 mois 28 000 – 40 000 € 70 000 – 90 000 €
Cadre supérieur, famille, crédit 1 800 €, 5 000 € net 4 500 € 24 mois 40 000 – 55 000 € 95 000 – 120 000 €

Ces fourchettes supposent une rupture conventionnelle (avec ARE) ou une démission sans ARE. Elles incluent un tampon de 3 mois de charges. Elles n'incluent pas les coûts de démarrage spécifiques au projet (formation longue, matériel, local, frais de création de société).

Important : ces chiffres sont des fourchettes, pas des certitudes. Votre situation spécifique (ancienneté, nature du projet, niveau de vie réel, épargne déjà constituée, type de départ) peut les décaler significativement dans un sens ou dans l'autre. Seule une simulation personnalisée donne le chiffre juste pour votre cas.

Conclusion : le calcul avant la décision

Quitter son CDI est l'une des décisions financières les plus structurantes d'une vie professionnelle. Pas parce qu'elle est irréversible — elle ne l'est pas — mais parce que les conséquences d'une mauvaise estimation du capital nécessaire se font sentir 18 à 24 mois plus tard, au pire moment possible.

Le bon calcul prend en compte : le coût réel de votre CDI (mutuelle, prévoyance, retraite), vos charges fixes réelles, la durée réaliste de votre transition, votre accès ou non à l'ARE, et l'ordre optimal de mobilisation de votre épargne. Faire ce calcul une fois, avec les bons chiffres, vaut mieux que deux ans d'hésitation sur une base floue.

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