Quitter son CDI : combien faut-il vraiment de côté ?
"Il faut 3 mois de salaire de côté avant de quitter son CDI." Cette règle circule partout : dans les forums, chez les conseillers bancaires, dans les articles de presse grand public. Elle est rassurante, simple à retenir, et dans la majorité des cas, largement insuffisante. Trois mois de salaire brut, c'est environ deux mois de salaire net. Pour quelqu'un qui veut se lancer en freelance, financer une formation, ou simplement traverser une période de chômage sans stress, cette réserve peut s'évaporer en quelques semaines.
La réalité d'une transition professionnelle est bien plus complexe. Elle dépend du mode de départ (rupture conventionnelle ou démission), de votre ancienneté, de vos charges fixes, et de votre projet. Ce guide donne la formule, trois exemples chiffrés dont un suivi mois par mois sur 36 mois, l'ordre dans lequel puiser dans votre épargne et les montants par profil.
La vraie formule : le capital de transition
Oubliez les règles de pouce. Ce dont vous avez besoin, c'est d'un capital de transition, calculé en trois composantes distinctes.
− ARE et revenus attendus pendant la transition
+ Capital de sécurité (3 à 6 mois de charges)
+ Capital de démarrage (si projet professionnel)
Les charges fixes × mois de transition couvrent la période entre votre dernier salaire et vos premiers revenus de remplacement stables. La durée varie considérablement selon votre projet : 2 mois pour un salarié qui a une promesse d'embauche, 12 à 18 mois pour quelqu'un qui se reconvertit en freelance.
Le capital de sécurité est votre matelas de précaution. Il ne finance pas la transition — il absorbe les imprévus : une panne de voiture, un problème de santé, un délai de paiement d'un client. Sans lui, le moindre aléa fait dérailler votre plan.
Le capital de démarrage concerne uniquement ceux qui lancent une activité : achat de matériel, formation certifiante, création de société, premier loyer d'un local. À ne pas confondre avec les charges courantes.
L'ARE et les revenus attendus viennent en déduction : l'allocation chômage après une rupture conventionnelle, puis les premiers revenus de votre nouvelle activité. Le calculateur de runway fait ce calcul mois par mois.
Ce que vous perdez en quittant un CDI
Votre bulletin de salaire ne vous dit pas tout. Un CDI fournit des avantages invisibles qui disparaissent le jour où vous partez — et dont le coût se retrouve dans votre budget de transition.
La mutuelle employeur
Votre employeur finance au minimum 50 % de votre mutuelle collective. En quittant, vous avez droit à la portabilité de la mutuelle pendant 12 mois maximum (sous conditions) — mais à terme, une mutuelle individuelle de niveau comparable coûte entre 150 et 280 € par mois pour un adulte seul. Avec deux enfants, comptez 350 à 550 € selon les garanties choisies.
La prévoyance
Les cadres bénéficient d'une prévoyance collective (maintien de salaire en cas d'arrêt maladie, garantie décès-invalidité) financée en partie par l'employeur. En quittant le CDI, cette couverture s'arrête. Un indépendant ou un demandeur d'emploi qui tombe malade n'a plus de maintien de salaire au-delà des indemnités journalières de base de la Sécurité sociale — soit environ 50 % du salaire brut, dans la limite de 1,4 SMIC depuis avril 2025, loin d'un maintien à 100 %.
Les cotisations retraite
Chaque mois de CDI, votre employeur cotise pour votre retraite à hauteur de son côté. En transition, ces cotisations s'arrêtent (sauf si vous percevez l'ARE, qui valide des trimestres). Une année de transition sans revenus ni ARE peut représenter 4 trimestres manquants et une réduction de pension non négligeable sur le long terme.
Ces 300 à 500 € mensuels d'avantages perdus ne figurent nulle part dans votre bulletin de paie, mais ils s'ajoutent immédiatement à votre budget de transition dès le premier mois.
Rupture conventionnelle vs démission : un impact financier majeur
Le mode de départ change tout à vos droits. C'est souvent la décision la plus structurante de toute la transition.
La démission
En cas de démission, vous perdez en principe vos droits à l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE). Il existe des exceptions : projet de reconversion professionnelle jugé "réel et sérieux" par France Travail, ou démission pour suivre un conjoint. Mais dans le cas général, une démission signifie zéro revenu de remplacement jusqu'à trouver un nouvel emploi. Votre capital doit donc couvrir l'intégralité de la période de transition — et pour déterminer le montant exact, notre guide FIRE en France détaille les méthodes de calcul du capital cible selon vos projets.
La rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle (RC) ouvre droit à l'ARE, sous réserve d'avoir cotisé suffisamment. C'est son principal avantage. Elle donne également droit à une indemnité légale de rupture, calculée ainsi :
Indemnité légale de rupture conventionnelle : 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois par année au-delà.
Exemple : 5 ans d'ancienneté, salaire brut mensuel 3 333 € → 5 × (3 333 × 1/4) = 4 167 € d'indemnité.
Attention au délai de carence ARE : après une RC, France Travail applique 7 jours d'attente, un différé lié aux congés payés indemnisés et, si l'indemnité dépasse le minimum légal, un différé spécifique qui peut aller jusqu'à 150 jours. En pratique, comptez 2 à 3 mois avant de toucher votre premier virement ARE — même si vous êtes éligible dès le départ.
À savoir : le montant journalier brut de l'ARE retient le plus favorable entre 40,4 % du salaire journalier de référence (SJR) plus 13,18 € et 57 % du SJR, avec un plancher de 32,13 € par jour. Après une rupture conventionnelle dont le contrat se termine à partir du 1er septembre 2026, la durée d'indemnisation est de 75 % de la période travaillée, dans la limite de 15 mois avant 55 ans et de 20,5 mois ensuite.
Combien de mois de transition prévoir ?
Il n'existe pas de règle universelle. Le bon nombre de mois dépend de trois facteurs.
Votre situation familiale et vos engagements fixes
Un célibataire sans enfants ni crédit, qui loue son appartement, peut absorber une transition de 6 mois avec 15 000 à 20 000 € d'épargne. Un cadre avec deux enfants et un crédit immobilier de 1 200 €/mois ne peut pas descendre en dessous de 12 mois de charges fixes minimum — ce qui représente 30 000 à 55 000 € selon le reste du budget.
La durée réaliste de votre transition
La durée d'une reconversion varie fortement selon le domaine, le statut et le projet. Testez plusieurs durées et trajectoires de revenu plutôt que de vous appuyer sur une moyenne générale.
Votre accès à l'ARE
L'ARE peut modifier fortement la trajectoire, mais son montant, sa durée et ses différés d'indemnisation dépendent du dossier et des règles applicables. Utilisez l'estimation officielle correspondant à votre situation et testez aussi un scénario sans ARE.
Exemple 1 : salarié 40 000 € brut, 5 ans d'ancienneté, rupture conventionnelle
Marie, 32 ans — chargée de projet, reconversion vers un poste en entreprise
Salaire brut annuel : 40 000 € (3 333 €/mois) · Ancienneté : 5 ans · Mode de départ : rupture conventionnelle · Charges fixes : 1 800 €/mois · Projet : retrouver un CDI dans un nouveau secteur (délai estimé : 4 à 6 mois)
En tenant compte de l'indemnité RC et de l'ARE, Marie a besoin d'environ 8 700 € d'épargne propre — soit environ 3,5 mois de salaire net, pas 3. Et sans l'ARE, ce montant monterait à 16 200 €.
Exemple 2 : cadre 65 000 € brut, 10 ans d'ancienneté, reconversion freelance
Thomas, 41 ans — directeur marketing, reconversion en consultant freelance
Salaire brut annuel : 65 000 € (5 417 €/mois) · Ancienneté : 10 ans · Mode de départ : rupture conventionnelle · Charges fixes personnelles : 2 800 €/mois · Projet : lancer une activité de conseil en marketing (délai avant premiers revenus stables : 6 à 9 mois)
Thomas a besoin d'environ 22 700 € d'épargne, même avec une indemnité RC de 13 500 € et l'ARE. Son salaire net mensuel était d'environ 4 000 € : la règle des "3 mois" lui aurait suggéré 12 000 €, à peine plus de la moitié du nécessaire.
Exemple 3 : cadre à 3 500 € net, 2 enfants, crédit 1 200 €, mois par mois
Prenons Laurent, 38 ans. Chef de projet dans un groupe industriel. Salaire net : 3 500 €/mois, ancienneté 9 ans. Deux enfants (6 et 9 ans), crédit immobilier de 1 200 €/mois, loyer nul (propriétaire). Il envisage de se lancer comme consultant indépendant dans son secteur. Son mode de départ : rupture conventionnelle.
Son budget mensuel réel pendant la transition
Son ARE estimée après rupture conventionnelle : environ 2 642 € brut par mois (salaire brut ~4 700 € : 57 % du SJR, plus favorable ici que 40,4 % du SJR + 13,18 €), pendant 15 mois au plus. Disponible à partir du mois 3, après le délai d’attente et les différés.
Déficit mensuel pendant la transition = 3 260 € de charges − 2 642 € d'ARE = 618 €/mois à financer sur l'épargne à partir du mois 3. Les deux premiers mois (différés) : déficit de 3 260 €/mois.
Le tableau mois par mois sur 36 mois
Laurent part avec 42 000 € d'épargne liquide (Livret A + assurance-vie). Il cible un chiffre d'affaires régulier à partir du mois 12 (optimiste) ou du mois 18 (réaliste). On modélise les deux scénarios.
| Mois | ARE perçue | CA / Revenus | Charges | Flux net | Épargne restante |
|---|---|---|---|---|---|
| M0 (départ) | 0 € | Indemnité RC : 11 900 € | 3 260 € | +8 640 € | 50 640 € |
| M1 (différés) | 0 € | 0 € | 3 260 € | −3 260 € | 47 380 € |
| M2 (différés) | 0 € | 0 € | 3 260 € | −3 260 € | 44 120 € |
| M3 — l’ARE démarre. Le déficit mensuel tombe à 618 € | |||||
| M3 | 2 642 € | 0 € | 3 260 € | −618 € | 43 502 € |
| M6 | 2 642 € | 500 € | 3 260 € | −118 € | 42 148 € |
| M9 | 2 642 € | 1 200 € | 3 260 € | +582 € | 42 494 € |
| Scénario optimiste : M12 — CA régulier atteint (3 500 € HT/mois) | |||||
| M12 (opt.) | 2 642 € | 1 925 € nets (3 500 € HT après charges TNS 45 %) | 3 260 € | +1 307 € | 45 865 € |
| M15 (réal.) | 2 642 € | 1 200 € | 3 260 € | +582 € | 45 986 € |
| M17 — fin de l’ARE | 2 642 € | 1 200 € | 3 260 € | +582 € | 47 150 € |
| Scénario réaliste : M18 — CA régulier atteint, mais l’ARE s’est arrêtée à M17 | |||||
| M18 (réal.) | 0 € | 1 650 € nets (3 000 € HT) | 3 260 € | −1 610 € | 45 540 € |
| M24 | 0 € | 2 475 € nets (4 500 € HT) | 3 260 € | −785 € | 36 705 € |
| M30 | 0 € | 3 300 € nets (6 000 € HT) | 3 260 € | +40 € | 32 820 € |
| M36 | 0 € | 4 125 € nets (7 500 € HT) | 3 260 € | +865 € | 33 885 € |
Hypothèses : rupture conventionnelle avec 9 ans d'ancienneté et un contrat qui se termine après le 1er septembre 2026 (indemnité légale = 9 × 4 700 × 1/4 ≈ 10 575 €, ~11 900 € avec les soldes de tout compte). ARE basée sur un SJR ≈ 155 €, allocation ≈ 88 €/j brute, versée de M3 à M17 (456 jours au plus). L'ARE est comptée en brut, sans la réduction liée au cumul avec l'activité. Revenus nets supposés dans le scénario réaliste : 0 jusqu'à M5, 500 € de M6 à M8, 1 200 € de M9 à M17, puis 1 650 €, 2 475 €, 3 300 € et 4 125 € par paliers de 6 mois à partir de M18. Charges TNS au taux de 45 % du CA HT (micro-entrepreneur simplifié). Épargne de départ 42 000 € + indemnité RC ≈ 54 000 €.
Le constat : Laurent ne touche jamais le fond. Mais le moment critique n'est pas le départ : c'est la fin de l'ARE au mois 17. Son flux mensuel passe alors de +582 € à −1 610 €, et l'épargne baisse jusqu'à ~32 800 € au mois 29. Depuis le 1er septembre 2026, l'ARE après rupture conventionnelle dure au plus 15 mois avant 55 ans : un projet qui met 18 mois à décoller doit financer seul ce creux.
Avec 30 000 € d'épargne au lieu de 42 000 €, la marge fond : l'épargne descend à ~20 800 € au mois 29, alors que ses revenus ne couvrent pas encore ses charges. Le moindre retard sur le chiffre d'affaires entame directement le matelas de sécurité.
Combien de mois votre épargne tient-elle ?
Épargne, dépenses, chômage après rupture conventionnelle et futurs revenus : le calculateur de runway trace votre épargne mois par mois et repère le moment critique.
Calculer mon runway →Identifiez vos charges fixes incompressibles
Avant tout calcul, vous devez établir votre budget réel. Trop de personnes partent avec une estimation optimiste de leurs charges. Voici les postes à lister exhaustivement.
| Poste de dépense | Fourchette mensuelle | Notes |
|---|---|---|
| Loyer ou remboursement crédit immobilier | 600 – 1 800 € | Poste souvent le plus rigide |
| Crédits à la consommation, LOA | 0 – 600 € | Difficilement négociables en urgence |
| Assurances (habitation, auto, santé) | 100 – 350 € | À réviser avant de partir |
| Alimentation | 300 – 600 € | Souvent sous-estimé |
| Transport (carburant, abonnement) | 80 – 400 € | Variable selon la localisation |
| Scolarité, crèche, activités enfants | 0 – 800 € | Incompressible avec enfants |
| Abonnements (téléphone, internet, streaming) | 60 – 150 € | Passibles de réduction |
| Mutuelle santé complémentaire (hors employeur) | 150 – 250 € | À anticiper si perte mutuelle employeur |
| Total typique (hors épargne) | 1 400 – 4 500 € | Selon situation familiale et lieu de vie |
Conseil pratique : exportez vos relevés bancaires des 3 derniers mois et calculez votre dépense réelle poste par poste. Les estimations mentales surestiment toujours les petits postes et sous-estiment les gros.
Le vrai risque pour les futurs indépendants : les charges invisibles
Si votre projet de transition inclut de devenir freelance, micro-entrepreneur, ou de créer une société, vos charges ne sont plus simplement vos dépenses personnelles. Elles incluent des coûts que votre employeur prenait en charge pour vous sans que vous le voyiez jamais sur votre bulletin.
Les cotisations sociales TNS
En tant que travailleur non-salarié (TNS), vous payez vous-même vos cotisations sociales : assurance maladie, retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès, formation. En première approximation, comptez 45 % de votre chiffre d'affaires en charges sociales et fiscales la première année (en micro-entreprise, le taux est plus faible mais les droits à la retraite aussi).
Un freelance qui facture 5 000 € HT par mois ne dispose que d'environ 2 750 € nets après charges — et encore, sans déduire ses charges professionnelles (logiciels, déplacements, comptable). C'est ce que l'on appelle le taux de transformation du chiffre d'affaires en revenu disponible.
La retraite à auto-financer
Les cotisations retraite en tant que TNS sont plus faibles qu'en régime général pour les faibles revenus, ce qui signifie que vous accumulez moins de points. Si la retraite vous importe, vous devrez provisionner en plus via un PER individuel ou une épargne dédiée. Ce n'est pas une charge immédiate, mais c'est un coût réel que votre vie de salarié masquait.
Les charges professionnelles
Ordinateur, logiciels, abonnements professionnels, comptable (comptez 1 000 à 2 500 € par an pour un expert-comptable indépendant), déplacements clients, espace de coworking si nécessaire : tout ce que votre employeur fournissait est désormais à votre charge.
Règle pratique : multipliez par 1,5 votre budget estimé pour la première année de freelance. Ce coefficient couvre les postes que l'on oublie presque toujours dans un premier prévisionnel. Les oublis les plus courants sont la mutuelle (12 mois × 200 €), le comptable (1 500 €), les charges sociales sur les premiers revenus (souvent payées avec décalage), et le matériel de remplacement.
Dans quel ordre puiser dans son épargne ?
Vous avez constitué de l'épargne sur plusieurs enveloppes. L'ordre dans lequel vous les mobilisez pendant votre transition a un impact direct sur la fiscalité — et donc sur le montant réellement disponible.
Livret A et livrets réglementés : la première ligne
Le Livret A est le compte de liquidité parfait pour une transition : disponible immédiatement, zéro fiscalité, zéro frais. C'est votre première ligne de défense. Utilisez-le pour financer les 3 à 6 premiers mois — les mois où l'ARE n'est pas encore versée et où les premiers revenus professionnels n'ont pas commencé.
Assurance-vie de plus de 8 ans
Si votre contrat d'assurance-vie a plus de 8 ans, vous bénéficiez d'un abattement annuel de 4 600 € sur la part de gains (9 200 € en couple), les prélèvements sociaux restant dus selon les règles applicables. Au-delà, la fiscalité s'applique selon les règles en vigueur (IR + prélèvements sociaux). La comparaison avec un CTO dépend de votre situation et des paramètres fiscaux à la date de sortie — utilisez le simulateur pour une estimation selon votre scénario personnel.
Attention : retirez uniquement le capital dont vous avez besoin. Un rachat partiel conserve l'antériorité du contrat ; un rachat total le clôture et fait perdre cette antériorité, ainsi que le cadre successoral de l'assurance-vie.
PEA de plus de 5 ans
Passé 5 ans d'ancienneté, les retraits du PEA ne supportent que les prélèvements sociaux à 18,6 % — sans IR. C'est l'enveloppe la moins taxée pour des plus-values. Après 5 ans, un retrait partiel ne ferme pas le plan et n'empêche plus de nouveaux versements. Avant 5 ans, un retrait entraîne en principe la clôture, sauf exceptions prévues par la loi (création ou reprise d'entreprise, licenciement, invalidité, mise à la retraite anticipée).
Le rôle du PEA dans les retraits dépend de son ancienneté, de la part de gains et des autres liquidités disponibles. Comparez les ordres de retrait dans le simulateur plutôt que d'appliquer une séquence universelle.
Compte-titres
La fiscalité du compte-titres porte sur la part de plus-value selon les règles applicables. Son rang dans les retraits dépend donc du prix de revient, des autres enveloppes et de votre situation fiscale.
Et le PER ?
Le Plan d'Épargne Retraite est bloqué jusqu'à la retraite, sauf motifs de déblocage anticipé légaux : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, fin des droits au chômage, surendettement. La transition professionnelle seule n'est pas un motif légal. Ne comptez pas sur le PER pour financer votre reconversion.
Le simulateur applique un ordre de retrait par défaut, expliqué sur la page méthodologie. Le tableau ci-dessous résume ce que coûte chaque enveloppe ; il ne fixe pas un ordre universel.
| Enveloppe | Fiscalité sur les gains | Disponibilité | À retenir |
|---|---|---|---|
| Livret A / LDDS | 0 % | Immédiate | Sans impôt ni prélèvement |
| AV > 8 ans (dans l'abattement) | 17,2 % (PS seuls) | Sous 1 à 2 semaines | Pas d'impôt sur le revenu jusqu'à 4 600 € de gains par an |
| PEA > 5 ans | 18,6 % (PS seuls) | Sous 1 à 2 semaines | Retrait partiel possible, plan conservé |
| AV > 8 ans (au-delà de l'abattement) | 24,7 % | Sous 1 à 2 semaines | 7,5 % d'IR + 17,2 % de PS jusqu'à 150 000 € de versements |
| CTO | 31,4 % PFU | Immédiate (T+2) | Impôt sur la seule plus-value |
| PER (hors motifs légaux) | — | Bloqué | Déblocage seulement dans les cas prévus par la loi |
Combien faut-il selon votre profil ?
Pour ne pas rester dans l'abstraction, voici le capital cible calculé avec la formule ci-dessus pour quatre profils courants, avec l'ARE estimée par le moteur Viracash (rupture conventionnelle, 8 ans d'ancienneté, plafond de 15 mois depuis septembre 2026).
| Profil | Charges mensuelles | Durée transition | Capital cible (avec ARE) | Capital cible (sans ARE) |
|---|---|---|---|---|
| Célibataire, locataire, 2 500 € net | 1 600 € | 12 mois | ≈ 6 000 € | ≈ 24 000 € |
| Couple sans enfants, propriétaires, 3 200 € net | 2 200 € | 18 mois | ≈ 12 000 € | ≈ 46 000 € |
| Cadre, 2 enfants, crédit 1 200 €, 3 500 € net | 3 260 € | 24 mois | ≈ 50 000 € | ≈ 88 000 € |
| Cadre supérieur, famille, crédit 1 800 €, 5 000 € net | 4 500 € | 24 mois | ≈ 67 000 € | ≈ 122 000 € |
Ces montants supposent une rupture conventionnelle (avec ARE de la personne qui part, comptée en brut et versée à partir du troisième mois) ou une démission sans ARE. Ils incluent un tampon de 3 mois de charges. Elles n'incluent pas les coûts de démarrage spécifiques au projet (formation longue, matériel, local, frais de création de société).
Important : ces chiffres sont des ordres de grandeur, pas des certitudes. Votre situation spécifique (ancienneté, nature du projet, niveau de vie réel, épargne déjà constituée, type de départ) peut les décaler significativement dans un sens ou dans l'autre. Seule une simulation personnalisée donne le chiffre juste pour votre cas.
Partir maintenant ou attendre d'avoir assez ?
La conversation la plus fréquente chez les cadres qui envisagent une reconversion ressemble à : "Je veux partir, mais je n'ai pas encore assez. Je vais attendre encore un ou deux ans." Ce n'est pas forcément faux — mais c'est rarement une décision calculée. C'est souvent une décision ressentie, fondée sur une sensation d'insécurité plutôt que sur un chiffre précis.
Le problème de "je n'ai pas encore assez"
Si vous ne savez pas combien vous avez besoin exactement, vous ne saurez jamais si vous avez "assez". L'ambiguïté de l'objectif entretient l'anxiété et retarde indéfiniment la décision. Les deux années d'attente supplémentaires peuvent être justifiées — ou représenter deux années perdues si vous atteigniez déjà votre seuil sans le savoir.
Le problème symétrique : partir trop tôt
L'inverse est tout aussi fréquent : partir avec "à peu près" l'épargne nécessaire, sans avoir modélisé les mois critiques. Le moment le plus difficile n'est pas le mois 1 (où l'enthousiasme compense tout) — c'est le mois 15 à 18, quand l'ARE s'arrête (au plus tard après 15 mois avant 55 ans), que les revenus professionnels sont encore irréguliers, et que l'épargne fond plus vite que prévu.
La bonne approche : calculer, simuler, décider
Identifiez trois chiffres :
- Vos charges fixes mensuelles réelles (pas estimées — exportez vos relevés bancaires).
- Votre durée de transition réaliste (pas optimiste — qu'est-ce qui se passe si ça prend 6 mois de plus que prévu ?).
- Votre capital cible = (charges × durée) − ARE attendue + tampon de 3 mois + coûts de démarrage.
Avec votre capital cible calculé, la date à laquelle vous l'atteindrez avec votre épargne actuelle et votre capacité d'épargne mensuelle devient un calcul — pas une intuition. C'est cette date qui répond à la question "est-ce que je dois encore attendre ?"
Ce que révèle souvent la simulation : beaucoup de cadres qui "attendent encore un an ou deux" sont en réalité à 8 ou 10 mois de leur capital cible. D'autres qui pensent être proches du seuil ont en fait un déficit de 30 000 € parce qu'ils ont sous-estimé la mutuelle famille et la durée sans revenus. Le calcul tranche là où l'intuition hésite.
La règle de précaution : le stress-test de votre épargne
Avant de fixer une date de départ, posez-vous trois questions :
- Si mes premiers revenus arrivent 3 mois plus tard que prévu, que se passe-t-il ? Votre plan financier doit résister à ce scénario sans nécessiter de crédit d'urgence ou d'aide familiale.
- Si mon premier client me paie avec 60 jours de retard, ai-je la trésorerie pour tenir ? Les délais de paiement B2B sont la première cause de difficultés chez les nouveaux indépendants.
- Si je dois interrompre mon activité 4 semaines pour raison de santé, mon budget tient-il ? Sans arrêt maladie employeur, une semaine d'incapacité non assurée est une perte sèche.
Si vous répondez "non" à l'une de ces questions, votre capital de transition est insuffisant. Pas parce que vous avez peur — parce que ces scénarios se produisent régulièrement et que les personnes qui les vivent avec une épargne insuffisante sont contraintes de retourner au salariat dans l'urgence, souvent à des conditions inférieures à celles qu'elles avaient quittées. Les 5 stress-tests à passer avant tout projet de transition professionnelle.
Questions fréquentes
Combien faut-il épargner pour quitter son CDI ?
Il n'existe pas de montant universel : multipliez vos charges fixes par la durée réaliste de votre transition, retirez l'ARE et les revenus attendus, puis ajoutez 3 mois de charges et les coûts de démarrage. Pour les profils ci-dessus, cela va d'environ 6 000 € à plus de 120 000 €.
Perd-on ses droits au chômage en quittant son CDI ?
En cas de démission, vous n'avez en principe pas droit à l'ARE, sauf démission légitime ou projet de reconversion validé dans le cadre du dispositif « démission-reconversion ». La rupture conventionnelle ouvre droit à l'ARE après le délai d'attente et les différés, souvent 1 à 3 mois, pour 15 mois au plus avant 55 ans depuis septembre 2026.
Dans quel ordre puiser dans son épargne pendant une transition professionnelle ?
Commencez par les livrets, disponibles et sans impôt. Ensuite, l'ordre dépend de l'ancienneté des enveloppes, de la part de plus-values et de votre fiscalité. Le PER reste bloqué en dehors des cas de déblocage prévus par la loi.
Faut-il attendre d'avoir assez épargné pour quitter son CDI ?
Calculez d'abord votre capital cible, puis la date à laquelle votre épargne actuelle et votre capacité d'épargne l'atteignent. Beaucoup découvrent qu'ils sont plus proches, ou plus loin, qu'ils ne le pensaient. Le calcul ne décide pas à votre place, mais il remplace une impression par une date.
Conclusion : simuler avant de démissionner
Quitter son CDI est une décision qui mérite un calcul précis, pas une règle de pouce. Le bon montant à avoir de côté dépend de votre mode de départ, de votre ancienneté, de vos charges réelles, et de la nature de votre projet. Pour un salarié qui part en rupture conventionnelle retrouver un CDI dans les 6 mois, 4 à 5 mois de salaire net peuvent suffire. Pour un cadre qui se lance en freelance, il faut souvent 12 à 18 mois de charges fixes — même avec l'ARE, qui dure au plus 15 mois avant 55 ans.
Le moment le plus fragile n'est pas le jour du départ mais la fin de l'ARE, quand les revenus de la nouvelle activité ne couvrent pas encore les charges. La bonne nouvelle : ces chiffres sont calculables. Un tableau de bord de vos charges fixes, une estimation honnête de votre délai de transition, et quelques hypothèses sur vos futurs revenus suffisent à poser un plan solide. C'est ce que fait le simulateur Viracash : vous aider à mettre un chiffre précis sur "combien il me faut" — avant de signer quoi que ce soit.
Votre date de transition, estimée en 1 minute
Indiquez votre âge, votre épargne et ce que vous mettez de côté chaque mois : Viracash Express estime quand votre projet devient finançable. Vous affinerez ensuite charges et mode de départ dans le simulateur.
Estimer ma date de transition →Sources et vérification
Chiffres vérifiés le 4 octobre 2026 (règles fiscales 2026).
Les exemples chiffrés sont illustratifs : ils sont calculés avec les règles 2026 et des hypothèses de rendement qui ne préjugent pas des performances futures.
- France Travail — Calcul du montant de l’allocation
- France Travail — Durée d’indemnisation chômage
- France Travail — Point de départ de l’indemnisation
- economie.gouv.fr — Livret A : fonctionnement, taux et plafond
Tous les paramètres utilisés par Viracash sont référencés sur la page Sources.
Et si c'était votre tour ?
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Estimer ma trajectoire →Puis affinez avec vos enveloppes et la fiscalité 2026 dans le simulateur complet